Cloche mon amour, mon pays PDF Imprimer Email
SATURDAY, 11 OCTOBER 2003 11:28
24 Heures 11 octobre 2003, Patrick Chuard

Les toupins et autres carillons se vendent de mieux en mieux. Un retour aux sons et aux objets d'antan, dans le sillage de la mode patriotique.

Christian Germann, père et fils, à La Praz. Les spécialistes viennent ici pour dénicher des cloches rares. Même les trois chiens de la ferme portent des clochettes. (Flash Press) Voyage au pays des toqués de la cloche. En campagne, le marché des sonnailles connaît un succès grandissant. Si les toupins ne carillonnent plus au cou des bestiaux, ils reviennent comme cadeau de mariage, d'anniversaire, ou d'entreprise. Quant aux collectionneurs, ils se comptent aujourd'hui par dizaines dans le seul Jura vaudois. Un phénomène qui ne touche plus seulement l'agriculture, mais se rattache à la quête de l'authentique, le retour aux sources. «C'est un mouvement lié à la mode ethno, observe Olivier Grandjean, de Juriens, employé de banque et lui-même propriétaire de 250 pièces. Les gens cherchent des motifs avec des edelweiss ou des chalets.» Les fonderies établies coulent des cloches impeccables. Mais les collectionneurs prisent spécialement les vieilles pièces, fabriquées par des artisans prestigieux. Leur chemin passe souvent par La Praz.

Agriculteurs dans la bourgade de La Praz, au flanc du Jura, Christian Germann et son fils du même nom sont des spécialistes de la cloche. Le père possède une collection de 400 pièces au galetas. Pour ce fermier d'Adelboden, venu s'établir dans le canton en 1964, le son des cloches «c'est bien plus qu'une passion, c'est mes pilules. Quand j'entends les sonnailles je ne suis jamais malade», assure-t-il dans son berndütsch rocailleux. Tout petit, il allait à l'école avec les poches remplies de grelots de chèvres. Aujourd'hui, le bonhomme de 78 ans qui arbore une barbe aussi belle que les glaciers de l'Oberland raconte amoureusement l'histoire de chacune de ses cloches.

Le Graal sonore

Les plus célèbres, les plus chères aussi (parfois plus de 10 000 francs) sont celles des Schopfer, une famille de fondeurs de Saanen dont la production a cessé il y a des décennies. Plus proches, les merveilles sonores de Paul Morier, à Rossinière, enchantent également les spécialistes. Christian Germann fils fait commerce des pièces qu'il achète dans les galetas et les brocantes, et qu'il revend à des amateurs. «Nous avons autant de Suisses que de Français dans notre clientèle, également des cols blancs» explique-t-il. Assurément, c'est une bonne adresse: ici les cloches tintinnabulent partout. Jusque dans la cuisine ou Christian Germann père, après quelques verres de rouge, partage son rêve: «J'aimerais retrouver une grelottière à chevaux, avec sept grelots accordés, les mêmes que nous mettions sur les traîneaux dans l'Oberland.» Une quête du Graal sonore que son fils poursuit sans relâche dans la poussière des greniers.

PATRICK CHUARD

La demande augmente
MARCHÉ
Les amateurs ont rendez-vous à Romainmôtier.

«Ce n'est pas l'explosion, mais la demande est en hausse», reconnaît Didier Albertano, fondeur de cloches à La Sarraz. L'artisan s'en félicite. D'autant que les vaches d'aujourd'hui portent aussi peu de cloches que de cornes. La mode ethno prend le relais. Un chef d'entreprise de Grandson peut en témoigner: il a fabriqué quelques toupins pendant ses loisirs. C'était pour s'amuser, mais son hobby folklorique l'a vite débordé. «Tout le monde m'en réclame et je ne peux pas suivre, je n'ai plus de soirées de libres, dit-il. S'il vous plaît, ne publiez pas mon nom dans le journal.»

La Bourse aux sonnailles de Romainmôtier, qui aura lieu en fin de semaine prochaine, devrait confirmer cette tendance. Jumelée à une foire d'automne, la manifestation attire de nombreux spécialistes de la sonnaille. Cette sixième édition présentera des stands de «chenailles, seneaux, coubles, campagnards et autres clarines», et permettra à des amateurs de toute la Romandie de négocier de gré à gré.

UTILE

Bourse et foire de Romainmôtier, de vendredi 17 à dimanche 19 octobre. Soixante stands de produits du terroir et animations. Christian Germann père et fils seront présents.

Rens.: 024 453 14 54

FABSO

P. C.

 
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